Les entretiens de Labée

Les entretiens de Labée Entretien avec M Diao Diallo et Mme Mariama à Labé en Guinée

Martine
Monsieur Diao Diallo, vous êtes représentant de l'ACA (Agence de Commercialisation Agricole) à Labé en Moyenne Guinée où se déroulent depuis un certain temps des essais et même des pratiques de fours solaires et de cuisson économe en bois. Voulez-vous nous expliquer comment c'est arrivé chez vous et comment vous voyez son développement par la suite ?
Diao
Tout est parti d'une coopération entre la Chambre d'Agriculture de la Haute Vienne et de la Chambre d'Agriculture de Labé, où il existe un partenariat. A travers ce partenariat, la chambre d'agriculture de la Haute Vienne est venue ici avec une spécialiste de la cuisson solaire en la personne de Blandine Caron.


On a organisé un atelier, et grâce à la Chambre régionale d'Agriculture, on avait créé des villages agricoles au niveau de la région de Labé, et on avait communiqué avec tous ces villages à participer à cet atelier..
Et à l'issu de cet atelier, les femmes ont compris, après la confection du cuiseur et le test du premier cuiseur solaire, que c'était quelque chose d'utile parce que ça permettait de cuisiner sans feu, sans le bois. Donc tout est parti de là et les femmes des villages qui ont participé à cette formation, ont décidé de s'associer pour créer une association dans le but de protéger l'environnement et de faire la promotion de ces cuiseurs parce qu'elles ont vu un intérêt.
C'est qu'au niveau de la région de Labé, où le soleil est toujours clément, il y a une grande variété d'aliments : la sauce aux feuilles, la pomme de terre ou la viande etc. Les femmes ont testé pendant la semaine de formation pour optimiser tous ces aliments et on a compris que ça peut cuire et les femmes se sont dit : il faut qu'on vulgarise ça au profit de la population du Foutah et de la population guinéenne et les femmes se sont associées. On a eu un document juridique qui nous permet de fonctionner et d'aider les gens à se former et ils ont choisi madame Mariama qui est à coté de moi, pour être la présidente de cette association et moi comme je suis le coordinateur de l'activité au niveau de la région de Labé.

Martine
Madame Mariama Diallo, pouvez vous nous expliquer pourquoi les femmes trouvent important d'utiliser moins de bois pour la cuisson. En quoi est-ce que c'est important ?
Mariama
Il y a plusieurs raisons. D'abord, premièrement, ça protège l'environnement.

Martine
L'environnement est abîmé à Labé ?
Mariama
La déforestation est importante, il y a le désert qui s'approche chaque jour et la question pour trouver de l'eau, c'est tout un problème pour les femmes. Il faut aller à des kilomètres pour trouver de l'eau. Donc, on nous a fait comprendre que c'est à cause de cette déforestation qu'il n'y a pas d'eau. Donc, pour nous qui devons chercher de l'eau, il est important qu'on cesse de couper du bois.
Deuxièmement, la cuisson solaire protège la santé, Ca empêche beaucoup de dégâts qui pouvaient avoir lieu avec la cuisson au bois.
Si un enfant mettait le feu à une case, c'est possible que ça se suivait. Il y a des dizaines de cases qui brûlaient et il y a des pertes énormes. Et au point de vue santé, c'est bon pour nous. Pour la pollution atmosphérique, c'est bon pour nous aussi parce qu'il n'y a pas de pollution avec la fumée.
Avec le soleil, tu n'as même pas besoin d'utiliser la boite d'allumettes pour allumer ton feu. Donc, on peut se passer de cette dépense déjà. Même une boite d'allumettes, tu n'en as pas besoin. Avec un temps ensoleillé, on peut préparer librement. La santé est protégée, l'environnement est protégé et la sécurité des cases est protégée, donc tout est protégé à partir de la cuisson, donc nous avons trouvé que c'est très utile si on arrivait vraiment à comprendre aux femmes combien c'est important d'utiliser les fours solaires.

Martine
Quels sont exactement les inconvénients pour la santé de la cuisson au bois ?
Mariama
D'abord la fumée. Deuxièmement, une mère inattentionnée, au moment de la préparation, quand la marmite bout, il y a les enfants qui tournent autour, il y en a qui marchent sur les bois et ça soulève la marmite et ça se déverse sur eux. On a rencontré des cas dans les hôpitaux : brûlures d'enfants, brûlures de villages, la fumée aux yeux ce n'est pas bon

Martine
J'ai aussi vu des enfants qui portaient des charges très lourdes.
Mariama
Il n'y a plus de bois dans les environs. Il faut aller très loin pour trouver du bois. Parce que dans le monde urbain, on ne rencontre pas de bois, il faut aller très loin avec tous les risques pour avoir du bois parce qu'on peut rencontrer des serpents à la morsure mortelle.
Et actuellement chez nous, il y a le paludisme qui joue son plein. On ne peut pas se hasarder dans la brousse. On peut être étranglé, on peut être violé, on peut vraiment prendre tout sur nous. Vraiment, on ne doit pas aller seul en brousse. Donc, c'est vraiment très important si on arrive à vulgariser les fours solaires. C'est pour la protection entière pour la femme, parce que ça allège ses charges et ça la protège en santé

Martine
Et puis, je crois aussi que c'est une grosse dépense lors de l'achat du bois.
Diao
Aujourd'hui, je peux vous dire qu'un fagot de bois qui permet à un foyer de cuisiner juste 2 jours, peut coûter autour de 4 à 5000 FG et c'est pas une petite affaire pour un paysan de village qui n'a rien à perdre. C'est pourquoi nous apprécions aussi beaucoup l'existence des ces poêles économes où ce fagot de bois qui coûte 5 000 FG peut être utilisé pendant 15 ou 20 jours. Ca allège de loin l'utilisation de ces bois au cas où il n'y a pas de soleil.

Martine
C'est vrai que le soleil n'est pas toujours présent, surtout pendant la saison des pluies. Mais il y a peut-être une autre difficulté avec le four solaire, c'est son coût. Est-ce que vous pensez qu'il est trop cher actuellement ? Est qu'on peut trouver des façons de l'utiliser autrement pour le rendre accessible à davantage de personnes.
Diao
Moi je dis : on croit que le four solaire est cher. Mais il n'est pas aussi cher à ce niveau. Beaucoup le disent, parce que 250 000 FG, autour de 50 Euros, les gens croient que c'est cher. Mais, il faut voir la durée de vie, un four solaire peut durer 10 ans, ça c'est le minimum. Vous divisez les 50 euros pendant 10 ans et vous divisez la valeur annuelle pour 12 mois, vous voyez que c'est insignifiant. Et il faut comparer par rapport à de l'argent qu'on utilisait pour acheter du charbon, pour acheter des bois morts et pour la dégradation de l'environnement, ce que vous ne devez pas perdre de vue.
La présidente vient de dire tout de suite la destruction de cet environnement qui est là. Actuellement, la poussée est grande, tout le monde abat la forêt pour les logis, pour avoir de l'argent et pour avoir ces bois là, le Sahara est là, le Sahara est là. Ce qu'on ne doit pas perdre de vue, c'est que dans le Sahara, par endroit, les gens ne peuvent pas vivre. Donc, moi je dirais que c'est très utile. Le poêle économe, on croit qu'il est cher, parce qu'il n'est pas à la portée de beaucoup de personnes d'accord, mais son coût n'est pas aussi élevé, c'est le niveau de vie des gens qui est un peu bas.

Martine
Peut-être pourrait-on mettre au point des fours en carton ou des fours simplifiés qui pourront donner des bons résultats en étant moins coûteux.
Diao
L'essentiel est que toute action que nous mènerons ensemble, vous, ou bien nous ou une autre personne qui nous aide à préserver l'environnement est à saluer, est à encourager, est à supporter. Pourquoi, parce que aujourd'hui, à la date d'aujourd'hui, je le dis et je le répète, l'environnement est menacé et c'est l'humanité elle-même qui est menacée. Et l'Afrique de l'Ouest, la Guinée qu'on disait château d'eau de l'Afrique de l'Ouest, à la date d'aujourd'hui, quand vous parcourez des villages, il y a des choses regrettables qu'on ne peut pas expliquer. La nature est complètement dégradée. Et vous verrez des chargements et des chargements de bois qui viennent tous les jours dans les villes. La ville n'est jamais rassasiée. Tout ce qui vient, est bouffé par la ville, parce qu'il y a plein de monde, les gens ont besoin de beaucoup, mais ça ne favorise pas vraiment la gestion de l'environnement.

Martine
Pensez-vous Madame Diallo que la pratique du four solaire est difficile à accepter pour les femmes guinéennes qui n'ont pas l'habitude. Est-ce que ce sera possible de les faire changer de pratiques ?
Mariama
Si elles ne savent pas son utilité, elles peuvent trouver que c'est inutile. Mais à partir du moment où elles trouveront vraiment que ça allège leurs charges et protège leur santé, je pense qu'elles ne trouveront aucun inconvénient à l'utiliser.

Martine
Vous avez déjà des exemples, c'est déjà en pratique dans les villages ?
Mariama
Je veux l'exemple sur moi. Ma petite fille est là, la petite fille de mon garçon. C'est avec le four solaire que je chauffe son eau pour la laver. Bon c'est à partir du four solaire que je fais mon café, vous voyez. Bon, si j'ai besoin d'un œuf cuit, de gâteau ou quoi que ce soit, des pommes de terre que je peux préparer comme ça, je sors mon four, je le chauffe le matin, je descends à mon marché et après je le mets et j'attends.
Diao
Moi, je dirais qu'il n'y a aucun problème que les femmes guinéennes acceptent et adorent cette stratégie. A la date d'aujourd'hui, il y a 500 personnes affiliées à ces 14 villages qui pratiquent la cuisson solaire à travers cette association. Et il n'y a pas un seul village où les gens nous ont dit que réellement ils n'adorent pas la chose. A la date d'aujourd'hui, il y a une vingtaine de préfectures qui demandent qu'on aille faire des présentations dans leurs villages. Vous avez parlé avec la chambre nationale d'agriculture, avec les hommes que vous avez rencontrés hier, vous avez vu combien de fois, on nous demande la chose, chacun dit : Envoyez ça chez nous. Ce qui veut dire que les gens en ont vu l'utilité. Parce qu'aucun n'enverra quelque chose chez nous qui est nuisible.

Martine
Mais comme vous l'avez dit, il faut du soleil pour que le four solaire marche vraiment bien, ce n'est pas toute l'année. Je crois que vous avez aussi développé les moyens de cuisson économe en bois. Pouvez-vous nous en parler un peu ?
Mariama
D'abord, pour le moment, nous avons trouvé que le poêle économe est indispensable. On ne peut pas travailler seulement avec le four solaire.
Dans le cas d'aujourd'hui, en cas de non-ensoleillement, il faut manger, comment faut-il faire manger la famille ? Dans ces conditions là, s'il n'y a pas de soleil, on va utiliser le poêle économe.
Diao
Le problème est que les deux sont complémentaires. L'un n'utilise pas de bois, l'autre utilise très peu de bois. Les deux concourent à la protection de l'environnement.

Martine
Les femmes constatent vraiment qu'elles utilisent moins de bois en utilisant cet autre poêle ?
Mariama
Bien sûr, il y en a même une qui est là. Elle a participé au travail pour la cuisson. Elle m'a dit que vraiment ça enchanterait les femmes d'avoir un poêle économe. Parce que c'est pratique, c'est direct. Qu'il y ait soleil ou pas, tu as un poêle économe, tu vas préparer. En temps d'ensoleillement, tu vas utiliser le four. Si tu veux que ça soit rapide, tu peux mettre le riz avec la sauce sur le poêle économe et la sauce dans le four pour avoir la meilleure solution. Si ton four solaire est du type familial, c'est à dire plus grand que ça, tu peux mettre 2 marmites dedans, le riz et la sauce et ça peut aller en même temps.

Martine
Comment voyez-vous les possibilités d'étendre ces pratiques en Moyenne Guinée et plus largement en Guinée? à votre avis qu'est-ce qu'il faudrait faire pour que ça se répande partout ?
Mariama
Pour le moment, parce que nous n'avons pas un budget, nous comptons sur notre bonne volonté; la vie des Guinéens, la vie des Africains, la vie de tout le monde est en danger avec l'avancée du désert, le manque d'eau. Donc nous avons une volonté que nous tenons coûte que coûte à sauver des vies, donc nous avons le courage, la volonté, l'expérience pour aider les gens à ce qu'on se protège. Si nous protégeons l'environnement, nous nous protégeons nous-mêmes en ce moment là.
Diao
Pour renforcer ce que Madame a dit, pratiquement l'association a des compétences. Nous avons une équipe de menuisiers qui confectionnent des cuiseurs, nous avons une équipe de soudeurs qui forment les poêles économes et les femmes de l'association ont déjà des compétences pour transmettre le peu de formation à travers les techniques de cuisson. Et actuellement, elles sont prêtes et l'association est prête à aller donner des formations ailleurs, et on cherche toujours, on est en train de chercher par-ci par-là des bons pour aider les gens à se former un peu dans un temps très court pour que toute la Guinée arrive à utiliser les fours solaires.

Martine
Je crois que vous faites des formations assez loin, même en dehors de la Moyenne Guinée
Diao
A la date d'aujourd'hui, nous avons une équipe à Mammou qui travaille avec le projet Toscane et c'est un projet financé par l'USAID. On est en train de faire des démonstrations à Mammou. Et ce matin même, j'ai envoyé une équipe à Diabola à travers l'association, pour faire des formations dans cette préfecture avec les gens, pour qu'ils aient au moins un cuiseur et un poêle économe et qu'ils arrivent à commencer à faire la promotion de ça. Là-bas, la forêt est encore dégradée. Et donc, on est en train de voir comment avoir un appui pour vulgariser ça, parce que nous avons une équipe de 30 personnes qui sont capables d'aller dupliquer cette formation ailleurs. Mais les moyens nous manquent.
Mariama
Aujourd'hui, il y a la préfecture de Mammou qui sollicite notre aide pour la vulgarisation de cette cuisson solaire dans leur préfecture. Il y a Malick qui demande, il y en bien qui demandent, actuellement, on est sollicité un peu partout pour la vulgarisation de la cuisson solaire. Mais, nous n'avons pas de moyens.

Martine
Oui, je crois que c'est vraiment formidable tout ce que vous avez fait et les résultats que vous avez obtenus. J'espère comme vous que les choses vont bouger en Guinée et que vous allez pouvoir obtenir les aides qui sont nécessaires et étendre ces pratiques en Guinée pour le bien-être de tous


Labé, le 11 février 2006

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